Burundi, Aurore Muco
Les condamnations de violeurs commencent à avoir un effet dissuasif au Burundi : le nombre d’agressions a baissé. C’est le résultat d’un long travail des associations qui incitent et aident les femmes violées à dénoncer les coupables.
En un an, 194 dossiers de viol ont été jugés au Burundi. Les violeurs ont été condamnés à des peines de 3 à 20 ans de prison et à payer jusqu’à 3 millions de francs burundais (3000 $) de dommages et intérêts. "C’est un pas gigantesque dont VOT (Victim of Torture) en partenariat avec APRODH (Association pour la protection des droits de l’homme et des détenus), la Ligue ITEKA et Search for comon ground peuvent se féliciter", estime Emmanuel Nibizi, centralisateur des rapports à l’APRODH.
Une victoire pour ces associations qui mènent une lutte sans merci contre les violences sexuelles depuis cinq ans. D’autant que ces sentences commencent à faire leur effet. Ainsi, 292 cas de viol ont été enregistrés au second semestre de 2006 contre 404 au premier. Des résultats rendus possibles par le changement d’attitude des victimes et de leur entourage - amis, membres de la famille, souvent les mères des filles violées - qui dénoncent aujourd’hui les coupables et portent plus facilement plainte.
Jusqu’alors le travail des associations se heurtait à la stigmatisation qui frappait les victimes. Celles-ci étaient considérées comme des dévergondées voire des prostituées qui étaient la honte de toute la famille. Si, par malheur, elles tombaient enceintes de leur violeur, elles étaient maudites, marginalisées, chassées de l’école et même de leur famille. Dans ces conditions, les filles violées avaient une peur bleue de révéler ce qu’elles avaient subi.
Le viol, un crime à juger
C’est en faisant comprendre aux victimes qu’il était indispensable de parler que les associations ont commencé à marquer des points. Pour les convaincre, elles leur ont montré la vie qu’elles mèneraient, souffrant seules, tandis que leur violeur continuerait à avoir la belle vie. Alors que s’il était jugé ce serait un avertissement pour les autres violeurs.
Elles ont aussi mené campagne auprès de l’administration, des médias et de la police pour faire comprendre que le viol est un crime abominable et que dénoncer le coupable était le droit le plus absolu de la victime. Dans certains coins, les plaintes étaient réglées à l’amiable parce que les juges et l’administration ne maîtrisaient pas bien ces dossiers. Pour s’assurer que justice serait rendue, des observateurs ont été déployés dans les provinces. "La justice n’a plus d’échappatoire. Elle n’a plus de justification ; on fait tout pour que justice soit faite surtout sur le plan matériel. Elle ne l’est pas à 100 % mais une fois que l’auteur est dénoncé et que ces associations s’impliquent, l’appareil judiciaire se met en marche. C’est vraiment un bilan positif", précise Emmanuel.
Plus confiantes dans l’aboutissement de leurs plaintes, les femmes et les jeunes filles commencent à se confier à la justice et à dénoncer leurs agresseurs.
Les rebelles pas seuls responsables
Durant la guerre, les rebelles étaient considérés comme les auteurs des viols. Pourtant, une fois la paix signée et les combattants intégrés dans l’armée, les viols ont continué, à la surprise de beaucoup. "Le viol a toujours existé dans notre pays de même que l’inceste, expliquent les membres de l’association Nturengaho. C’est avec la venue de ces associations et la participation des médias que ce délit a été mis au grand jour. Beaucoup pensent cependant que c’est un phénomène nouveau." "Les violeurs se trouvent dans le voisinage et dans les familles mêmes de la victime", constate Emmanuel Nibizi. Souvent ils font du chantage pour empêcher les femmes de parler en les menaçant de mort. Des pratiques ancestrales favorisent d’ailleurs le viol : les pères peuvent prendre de force leur belle-fille qui vit sous le même toit ou un frère coucher avec sa belle-sœur. La culture burundaise, où le silence est d’or, surtout sur des sujets tabous comme le sexe, amplifie le problème.
Le chemin est donc encore long, mais, encouragées par ces premiers succès, les associations persévèrent dans ces actions qui ont déjà porté leurs premiers fruits.
Lire l’article sur le site du journal http://syfia-grands-lacs.info
Observatoire international des violences sexuelles dans les conflits armés