RD Congo, John Kadjunga
Dans la province du Sud-Kivu, les enfants nés des viols des Congolaises par les combattants de différentes milices sont de plus en plus nombreux. Leur présence constitue une vraie pomme de discorde dans de nombreux foyers.
Sept femmes en âge de procréer sur dix ont eu des enfants avec les miliciens et combattants des groupes armés locaux et étrangers estime Marcel Mukobelwa, enseignant à Wakabangu dans le territoire de Shabunda, à l’Est de Bukavu. Ici comme dans d’autres villages environnants, le nombre d’enfants issus des viols ne cesse d’augmenter semant la zizanie dans les foyers. "Il nous faut choisir entre eux et nos enfants. Même Dieu ne peut pas nous en tenir rigueur", explique avec de grands gestes des mains Kokonyange, un villageois de Wakabangu. Quant aux femmes violées, elles souffrent "d’avoir entre les bras le fruit du viol qui nous rappelle à chaque instant ces tristes événements", constate une femme d’une cinquantaine d’années qui milite au sein d’une association des victimes des viols.
Les auteurs des viols des femmes dans le territoire de Shabunda se recrutent dans toutes les bandes armées qui contrôlent cette partie de la RD Congo. On y retrouve des ex-combattants de l’ancienne rébellion du RCD (Rassemblement congolais pour la démocratie actuellement au pouvoir à Kinshasa), des Mai-Mai (milices d’auto-défense populaire) et des ex-Far et Interahamwe venus du Rwanda après le génocide de 1994. Mais ce sont les Interhamwe qui ont particulièrement fait le plus grand nombre d’enfants dans ce territoire où ils règnent en maîtres absolus. Ils ne s’en cachent d’ailleurs pas et profèrent parfois des menaces à l’endroit des villageois : "Dites à toutes ces femmes qui portent nos enfants de ne pas les maltraiter. Sinon, notre colère va déferler sur tout le village", rapporte A.K., un vendeur ambulant à qui les Interahamwe ont confié des cadeaux pour leurs enfants.
Violées et répudiées
Dans certains villages, quelques hommes acceptent d’accueillir leurs épouses violées grâce à la médiation des pasteurs ou des curés. Marcelline B., une enseignante, se contente d’une difficile cohabitation avec son mari. "J’ai été violée en 2003 avec mes deux filles, raconte-t-elle. Arrivée chez moi, mon mari ne voulait plus de moi. Mais grâce aux multiples conseils de ses amis, nous cohabitons malgré lui." Les responsables de l’Eglise catholique essaient de conscientiser les hommes du territoire. Mgr Simon-Pierre Yananio, vicaire général du diocèse de Kasongo qui fait partie du territoire de Shabunda, condamne les maris qui répudient leurs épouses pour avoir été violées. "Ce n’est pas normal qu’elles soient en plus l’objet de moquerie et de médisance de la part de leur entourage. Nous devons être compatissants vis-à-vis de ces femmes qui ont échappé à la mort, prêche-t-il. Elles ne doivent pas être répudiées."
Dans la plupart des cas, ces femmes sont rejetées par leur communauté. Mangaza, la cinquantaine, milite au sein de l’association "Tubekanaze" (Unissons-nous). Elle témoigne : "...la famille de mon mari me demande de payer une chèvre pour réparer cette souillure alors que je n’ai rien, se plaint-elle. Mon mari a assisté passivement quand 10 hommes en armes m’ont violée. Mais il s’allie à sa famille. Le seul remède qui reste, c’est de me prendre en charge. "
Comme Mangaza, elles sont nombreuses les femmes violées délaissées par leurs maris. Beaucoup parmi elles s’affilient aux organisations locales de Shabunda et se lancent dans différentes activités pour leur survie. Elles font l’élevage du petit bétail, l’agriculture, la pisciculture mais s’investissent également pour ressouder les ménages brisés par le viol..."Nous avons décidé de travailler ensemble pour essayer de subvenir à nos besoins et ceux de nos enfants, mais aussi pour nous remonter le moral ", lâche M.B., membre d’une de ces nombreuses associations.
Lire l’article sur le site du journal http://syfia-grands-lacs.info
Observatoire international des violences sexuelles dans les conflits armés