- Rwanda - Sud-Kivu : pour faire parler les Rwandaises violées... 9 février 2007, SYFIA

Rwanda, RD Congo, Thaddée Hyawe-Hinyi

Des femmes journalistes du Rwanda et du Sud-Kivu ont réalisé ensemble, à Bukavu, des reportages sur les violences faites aux femmes. Elles espèrent que les témoignages des Congolaises, qui s’expriment plus facilement à ce sujet, libéreront la parole des Rwandaises, plus réservées.

"En cinq ans de journalisme, je ne suis parvenue qu’une seul fois à interviewer une victime de viol", regrette Colette Ngarambe de l’Association rwandaise des femmes des médias (Arfem). Ce constat était à l’origine de la rencontre qui a eu lieu fin janvier à Bukavu, entre journalistes de l’Arfem et leurs homologues de l’Association des femmes des médias du Sud-Kivu (Afem/Sk). Au programme, des reportages en commun, et la production de six émissions conjointes sur les violences sexuelles faites aux femmes, qui sont diffusées sur les radios de la Rd Congo, du Rwanda et peut-être du Burundi.

Cette brève rencontre, du 25 au 27 janvier, n’est que le début d’une campagne que les femmes des médias des deux pays mènent cette année sous le thème Défier le silence, médias contre les viols et violences sexuelles faits aux femmes. Selon Chouchou Namegabe, présidente de l’Afem/Sk, en effet, "les journalistes congolaises et rwandaises devraient fournir davantage d’efforts pour briser le silence autour de ces crimes contre l’humanité commis lors des guerres et du génocide qui ont secoué les Grands lacs". Mais ce travail en commun a surtout été l’occasion, pour les participantes, de découvrir, parfois avec surprise, les attitudes différentes face aux violences, entre les femmes du Rwanda et du Kivu.

Au Rwanda, "le viol et les violences sexuelles sont questions tabous pour les femmes et plus encore pour les victimes", a constaté Maombi Munembwe, journaliste à Radio Sauti ya rehema (Bukavu). "Les émissions de sensibilisation autour de la prise en charge médicale des victimes des viols, des droits des femmes violées, de la participation à la gestion de la chose publique, n’ont pas encore suffi, depuis dix ans, pour délier la langue des victimes", confirme Marianne Kabahizi, de l’Arfem. "Les victimes ont peur de dénoncer leurs violeurs parce que les rares qui l’ont fait en ont payé les conséquences, constate Colette Ngarambe. Chez nous, les mœurs ne favorisent pas la parole sur le viol. Pourtant, durant le génocide, des milliers de femmes ont été violées, mais elles se cachent par peur d’être réprimées, répudiées ou méprisées." L’association rwandaise des femmes des médias a d’ailleurs été créée pour donner la parole aux femmes.

Changer par les ondes

Par contre, au Sud-Kivu, "les victimes des violences sexuelles racontent leurs calvaires et en font des commentaires. Celles qui se déclarent telles bénéficient des soins médicaux à l’hôpital de Panzi pour les mères et à Ek’abana (chez les enfants) pour les mineures", précise Odile Babunga, chargée de l’approche genre au Centre Olame de Bukavu. Ici, les victimes s’expriment sur ce qu’elles ont vécu, ce qui a surpris les journalistes rwandaises. C’est d’ailleurs ce qui a permis aux deux équipes de journalistes de recueillir des témoignages utiles pour dénoncer les violences sexuelles. "Les reportages communs réalisés durant notre rencontre seront diffusés dans les radios au Rwanda et en RDC", annonce Clémentine Kizimya Wamuzila, de la RTNC/Bukavu. Car si les femmes rwandaises victimes de violence "ne parlent pas elles-mêmes, elle reconnaissent le bien fondé de nos émissions", poursuit Marianne Kabahizi.

L’Arfem espère que la diffusion au Rwanda des témoignages des Congolaises encouragera les Rwandaises à s’exprimer. Colette Ngarambe rappelle à ce sujet que les radios ont contribué au franc-parler qui caractérise les victimes sud-kivutiennes. Elle souhaite dès lors aussi que "les reportages que nous venons de réaliser ensemble auprès des victimes de viols internées à Panzi servent d’outils pédagogiques pour favoriser la prise en charge des Rwandaises agressées".

Lire l’article sur le site du journal http://syfia-grands-lacs.info

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